
Le silence n’est pas seulement l’absence de bruit. Entre deux personnes, il peut signifier l’écoute, le refus, la gêne ou l’accord. Mais il a aussi une portée philosophique : il marque la limite de ce que le langage peut dire.
Silence et parole
Le silence prend sens par rapport à la parole : il y a des silences qui répondent, d’autres qui se dérobent. « Qui ne dit mot consent », dit le proverbe — ce qui est loin d’être toujours vrai. Le silence est ambigu : il laisse à l’autre le soin de l’interpréter, et donc le risque de se tromper.
Pascal : « le silence éternel de ces espaces infinis »
Dans les Pensées (publiées en 1670), Pascal écrit : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Le silence du cosmos, découvert par la science nouvelle, n’est plus l’harmonie des sphères : c’est un univers indifférent, qui ne répond pas aux questions humaines. Ici, le silence a un sens très fort, mais c’est celui d’une absence de réponse.
Wittgenstein : ce dont on ne peut parler
Le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein (1921) se termine par une proposition devenue célèbre (prop. 7) : sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. Pour Wittgenstein, le langage peut décrire les faits du monde ; mais l’éthique, le sens de la vie, le « mystique » ne sont pas des faits. Ils ne peuvent pas se dire, seulement se montrer. Le silence n’est donc pas un aveu d’ignorance : il marque la frontière de ce que les mots peuvent atteindre.

Le silence en débat
Dans un café-philo, le silence est précieux : il laisse le temps de penser après une intervention forte, et il protège ceux qui ne veulent pas parler. Un bon animateur ne se précipite pas pour le combler. Mais le silence peut aussi être un signe d’exclusion : ceux qui se taisent ne sont pas toujours ceux qui n’ont rien à dire.
| Auteur | Œuvre | Le silence comme… |
|---|---|---|
| Pascal | Pensées (1670) | Absence de réponse du monde |
| Wittgenstein | Tractatus (1921) | Limite du langage |
Ce qui reste ouvert
Si le silence prend sens par rapport à la parole, existe-t-il un silence pur, sans aucun sens ? Et à l’inverse, notre époque bruyante a-t-elle perdu quelque chose en perdant le silence ?
- Se taire, est-ce consentir ?
- A-t-on besoin de silence pour penser ?
- Y a-t-il des choses qu’on ne peut pas dire ?
Sources
- Blaise Pascal, Pensées, 1670 (fragment sur les espaces infinis).
- Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, 1921, proposition 7.