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Qu’est-ce qu’une bonne question ?

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Qu’est-ce qu’une bonne question ?

Avant de chercher des réponses, il faut apprendre à formuler ce qui mérite d’être pensé. C’est le premier geste de la philosophie, et le plus sous-estimé.

Point d’interrogation sur fond jaune
La question en bref

Une bonne question philosophique est ouverte, générale, claire, et contient une tension réelle : deux réponses opposées semblent défendables. Elle ne se résout ni par un fait, ni par un sondage, mais par un travail de définition et d’argumentation.

Socrate et l’art de questionner

Dans les dialogues de Platon, Socrate n’enseigne presque rien : il interroge. « Qu’est-ce que le courage ? », « Qu’est-ce que la justice ? ». Ses interlocuteurs répondent par des exemples ; Socrate montre que les exemples ne suffisent pas, et que l’on ne sait pas vraiment ce que l’on croyait savoir. Il compare son art à celui de la sage-femme, la maïeutique : aider l’autre à « accoucher » de ses propres idées.

Dans le Ménon, Platon soulève d’ailleurs un paradoxe : comment chercher ce que l’on ne connaît pas ? Si je l’ignore, je ne saurai pas le reconnaître ; si je le connais, je n’ai pas besoin de le chercher. Une bonne question est précisément ce qui permet de sortir du paradoxe : elle délimite ce que l’on cherche sans prétendre le savoir déjà.

ThèseUne bonne question appelle une réponse claire et définitive.
AntithèseUne bonne question ouvre plus qu’elle ne ferme : elle fait penser.
Ce qui reste ouvertComment savoir qu’une question mérite d’être posée avant d’y avoir réfléchi ?

Question fermée, ouverte, philosophique

TypeExempleComment y répond-on ?
Fermée (factuelle)Quelle est la capitale du Pérou ?Par une information.
Ouverte (personnelle)Qu’aimes-tu dans ton métier ?Par un témoignage.
PhilosophiqueLe travail peut-il rendre heureux ?Par des définitions et des arguments.

Gaston Bachelard, dans La Formation de l’esprit scientifique (1938), soutient que tout savoir répond à une question : sans question, pas de connaissance. Le philosophe américain John Dewey, dans How We Think (1910), place lui aussi la pensée réflexive dans une situation problématique. Penser, c’est d’abord sentir qu’il y a un problème.

Les 5 critères d’une bonne question (grille maison)

  1. Ouverte : on ne peut pas y répondre par oui ou non sans se justifier.
  2. Générale : elle concerne chacun, pas un cas particulier ou une personne.
  3. Claire : chaque mot est compris de tous, ou peut être défini.
  4. En tension : au moins deux réponses opposées semblent défendables.
  5. Non tranchée par un fait : ni une statistique ni une loi ne suffisent à la résoudre.
« Une réponse ferme la porte ; une bonne question la laisse entrouverte. »Formule de la rédaction
Enfant au regard curieux

Questions testées en café-philo

  • Peut-on être heureux seul ?
  • Faut-il toujours dire la vérité ?
  • Le travail est-il une liberté ou une contrainte ?
  • A-t-on le droit d’être indécis ?
  • Pardonner, est-ce oublier ?
  • Peut-on aimer sans posséder ?
  • La peur est-elle mauvaise conseillère ?
  • Sommes-nous faits pour vivre ensemble ?

Exercice : reformuler une question

Prenez une question courante et appliquez la grille. « Les jeunes lisent-ils moins qu’avant ? » est factuelle : une enquête y répond. « Lire rend-il meilleur ? » est philosophique : il faut définir « meilleur », distinguer les lectures, examiner des contre-exemples. Le passage de l’une à l’autre est le premier travail d’un café-philo.

Pour votre café-philo
  1. Y a-t-il des questions qu’il vaut mieux ne pas poser ?
  2. Peut-on chercher ce que l’on ne connaît pas ?
  3. Une question peut-elle être une réponse ?

Sources

  • Platon, Théétète (la maïeutique) ; Ménon (le paradoxe de la recherche).
  • Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, Vrin, 1938.
  • John Dewey, How We Think, D. C. Heath, 1910.