
Le sens commun identifie le réel à ce que nos sens nous montrent. Les philosophes ont multiplié les raisons d’en douter : nos sens trompent, le rêve imite la veille, et nous ne connaissons peut-être le monde qu’à travers les formes de notre esprit. Le réel serait alors moins ce que l’on voit que ce qui résiste à nos attentes.
Réel, réalité, vérité : distinguer les mots
Le réel désigne ce qui existe indépendamment de nous. La réalité est souvent l’image que nous nous en faisons. La vérité qualifie nos énoncés : une phrase est vraie quand elle dit le réel tel qu’il est. La question « qu’est-ce que le réel ? » demande donc si nous pouvons franchir l’écart entre le monde et la représentation que nous en avons.
Platon et la caverne
Au livre VII de la République, Platon imagine des prisonniers enchaînés depuis l’enfance au fond d’une caverne. Ils ne voient que les ombres d’objets projetées sur une paroi et les prennent pour la réalité. Libéré et conduit vers la lumière, l’un d’eux découvre que ces ombres n’étaient que des copies. Pour Platon, le monde sensible est un monde de reflets ; le réel véritable, ce sont les Idées, accessibles par la raison.
Descartes et le doute
Dans les Méditations métaphysiques (1641), Descartes décide de douter de tout ce qui peut être mis en doute. Les sens trompent parfois : il est plus prudent de ne pas s’y fier. Le rêve est parfois aussi vivant que la veille : comment être sûr de ne pas rêver ? Il va jusqu’à supposer un « malin génie » qui le tromperait sur tout. Une seule certitude résiste : celle d’exister en tant que chose qui pense. Le réel extérieur devra ensuite être reconquis par la raison.

Kant : phénomène et chose en soi
Dans la Critique de la raison pure (1781), Kant propose une révolution : notre esprit ne se règle pas sur les objets, ce sont les objets qui se règlent sur notre façon de connaitre. Nous percevons toujours dans l’espace et le temps, et nous pensons avec des catégories (cause, unité…). Nous connaissons donc les choses telles qu’elles nous apparaissent (les phénomènes), jamais telles qu’elles sont en elles-mêmes (la chose en soi).
Le réel et la science
La physique moderne a donné raison à l’intuition que le réel ne se réduit pas à ce que l’on perçoit : la couleur n’est pas dans l’objet comme nous la voyons, la matière « solide » est surtout faite de vide. Mais la science ne nous livre pas pour autant la chose en soi : elle construit des modèles, testés par l’expérience. Le réel apparaît alors comme ce qui dément nos prévisions et nous oblige à corriger nos théories.
| Auteur | Œuvre | Le réel, c’est… |
|---|---|---|
| Platon | République, livre VII | Les Idées, au-delà des apparences |
| Descartes | Méditations (1641) | Ce que la raison peut établir avec certitude |
| Kant | Critique de la raison pure (1781) | Inconnaissable en soi ; connu comme phénomène |
Ce qui reste ouvert
Si nous ne connaissons le monde qu’à travers nos sens, nos concepts et nos instruments, pouvons-nous encore parler du réel « tel qu’il est » ? Ou faut-il se contenter d’un réel « pour nous », suffisant pour agir et pour savoir ?
- Un rêve est-il moins réel que la veille ?
- Ce qui ne se mesure pas existe-t-il ?
- Le virtuel fait-il partie du réel ?
Sources
- Platon, La République, livre VII (allégorie de la caverne).
- René Descartes, Méditations métaphysiques, 1641, Méditations I et II.
- Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, 1781 (2e éd. 1787), préface de la 2e édition.