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La vie a-t-elle un sens ?

Grande question n° 5 · Sens

La vie a-t-elle un sens ?

Le mot « sens » a deux significations : une direction et une signification. La vie va-t-elle quelque part ? Veut-elle dire quelque chose ? Les philosophes ont répondu très différemment.

Chemin de terre vers l’horizon
La question en bref

Pour les Anciens, la vie humaine a une fin naturelle : le bonheur, atteint par l’exercice de la vertu. Pour Camus, le monde est muet et la vie n’a pas de sens donné ; c’est à nous de vivre lucidement malgré l’absurde. Entre les deux, une idée moderne : le sens ne se reçoit pas, il se construit.

Aristote : vivre en vue du bonheur

Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote observe que toute action vise un bien, et que ces biens s’enchaînent : on travaille pour gagner de l’argent, on gagne de l’argent pour vivre bien. Au bout de la chaîne se trouve un bien que l’on veut pour lui-même : le bonheur (eudaimonia). Il ne consiste pas dans le plaisir ou les honneurs, mais dans l’activité de l’âme conforme à la vertu, sur toute une vie.

ThèseLa vie a un sens donné : une nature, une fin, un ordre du monde.
AntithèseLe monde ne répond pas à nos questions : la vie n’a pas de sens en soi.
DépassementLe sens ne se trouve peut-être pas : il se fait, dans ce que nous choisissons d’aimer et d’entreprendre.

Camus : l’absurde et la révolte

Dans Le Mythe de Sisyphe (1942), Albert Camus part d’un constat : l’homme réclame du sens, et le monde reste muet. De cette confrontation naît l’absurde. Camus refuse les deux fuites que sont l’espoir d’un sens caché et le renoncement à vivre. Il propose une troisième voie : la révolte, c’est-à-dire vivre pleinement, en pleine lucidité. Sisyphe, condamné à rouler éternellement son rocher, devient la figure de cette condition assumée : « il faut imaginer Sisyphe heureux ».

« La vie n’a peut-être pas de sens donné ; elle a celui que nous lui faisons porter. »Formule de la rédaction

Frankl : trouver un « pourquoi »

Le psychiatre autrichien Viktor Frankl, rescapé des camps de concentration, publie en 1946 un livre traduit en français sous le titre Découvrir un sens à sa vie. Il y observe que ceux qui gardaient une raison de vivre (un être aimé, une œuvre à achever) résistaient mieux. Il cite volontiers Nietzsche : celui qui a un « pourquoi » peut supporter presque n’importe quel « comment ». Pour Frankl, le sens ne se décrète pas ; il se découvre dans une tâche, une rencontre ou une attitude face à l’épreuve.

Montagne rocheuse sous un ciel gris

Recevoir ou donner du sens ?

Les religions et les grandes métaphysiques offrent un sens donné d’avance ; la philosophie moderne insiste plutôt sur le sens construit. Les deux posent une question commune : le sens d’une vie se mesure-t-il à sa durée, à ses réalisations, ou à la qualité de ce qui y a été vécu ?

AuteurŒuvreLe sens de la vie…
AristoteÉthique à NicomaqueLe bonheur par la vertu
CamusLe Mythe de Sisyphe (1942)Pas de sens donné : vivre lucidement
FranklDécouvrir un sens à sa vie (1946)Se découvre dans une tâche, un amour, une attitude

Ce qui reste ouvert

Une vie peut-elle avoir du sens sans que celui qui la vit le sache ? Et le sens d’une vie dépend-il de ce qu’en retiendront les autres ?

Si la question du sens vous pèse personnellement, parler aide. En France, le 3114 répond jour et nuit, gratuitement.
Pour votre café-philo
  1. Faut-il donner un sens à sa vie pour être heureux ?
  2. Le travail donne-t-il un sens à la vie ?
  3. Une vie ordinaire peut-elle être une vie réussie ?

Sources

  • Aristote, Éthique à Nicomaque, livre I.
  • Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942.
  • Viktor E. Frankl, Découvrir un sens à sa vie (éd. originale 1946).
  • Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles, 1888.