Qu’est-ce que la conscience ?
Nous sommes conscients à chaque instant, et pourtant nous ne savons pas dire ce qu’est la conscience. C’est peut-être la question la plus intime, et la plus difficile, de la philosophie.

La conscience est le fait de vivre ses états de l’intérieur : voir du rouge, avoir mal, penser à quelqu’un. Depuis Descartes, elle sert de point de départ à la connaissance ; depuis Locke, elle fonde l’identité personnelle. Mais comment un cerveau produit-il du vécu ? La question reste ouverte.
Les sens du mot « conscience »
- Conscience psychologique : savoir ce que l’on fait, ce que l’on pense, ce que l’on ressent.
- Conscience phénoménale : le vécu lui-même, ce que ça « fait » d’éprouver quelque chose.
- Conscience morale : la capacité de juger du bien et du mal de ses propres actes.
Descartes : « je pense, donc je suis »
Dans le Discours de la méthode (1637) puis les Méditations (1641), Descartes doute de tout ce qui peut être mis en doute. Une certitude résiste : pendant que je doute, je pense, et si je pense, j’existe. La conscience devient le premier point d’appui de la connaissance. Descartes en tire un dualisme : l’esprit (chose qui pense) et le corps (chose étendue) seraient deux substances distinctes.
Locke : conscience et identité personnelle
Dans l’Essai sur l’entendement humain (1690), John Locke pose une question nouvelle : qu’est-ce qui fait que je suis la même personne qu’il y a vingt ans ? Pas mon corps, qui a changé, ni une âme invisible, mais la conscience qui relie mes souvenirs et mes actions. Je suis la personne dont je peux m’approprier les actes par la mémoire.
Nagel : « l’effet que ça fait »
En 1974, Thomas Nagel publie un article célèbre, « Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris ? ». Une chauve-souris perçoit le monde par écholocation ; nous pouvons décrire ce mécanisme en détail, mais nous ne saurons jamais ce que ça fait, de l’intérieur, d’être elle. Pour Nagel, c’est la marque de la conscience : il y a un « effet que ça fait » d’être ce sujet-là, et cet effet échappe à la description objective.

Le « problème difficile »
En 1995, le philosophe David Chalmers distingue les « problèmes faciles » de la conscience (expliquer comment le cerveau traite l’information, dirige l’attention, rapporte ses états) et le « problème difficile » : pourquoi tout ce traitement s’accompagne-t-il d’un vécu ? Les neurosciences progressent sur les premiers ; le second divise toujours chercheurs et philosophes.
La conscience morale
Rousseau, dans l’Émile (1762), fait de la conscience un « instinct divin », un juge intérieur du bien et du mal. Pour d’autres, elle est le produit de l’éducation et de la société. Le débat rejoint celui sur la liberté : pour être responsable, il faut savoir ce que l’on fait.
| Auteur | Œuvre | Idée clé |
|---|---|---|
| Descartes | Méditations (1641) | La conscience, première certitude |
| Locke | Essai sur l’entendement humain (1690) | La conscience fonde l’identité personnelle |
| Nagel | « What Is It Like to Be a Bat? » (1974) | Le point de vue subjectif échappe à la description |
| Chalmers | « Facing Up to the Problem of Consciousness » (1995) | Le « problème difficile » |
Ce qui reste ouvert
La conscience est-elle une propriété du cerveau, ou faut-il réviser notre idée de la matière ? Une machine pourra-t-elle un jour être consciente, et comment le saurions-nous ? Ces questions sont aujourd’hui au cœur de la philosophie de l’esprit.
La conscience survit-elle à la mort ?
La philosophie pose la question ; une contre-enquête fait le point sur ce que la science en sait vraiment.
- Peut-on être sûr que les autres sont conscients ?
- Une machine pourrait-elle penser ?
- Suis-je la même personne qu’il y a dix ans ?
Sources
- René Descartes, Méditations métaphysiques, 1641.
- John Locke, Essai sur l’entendement humain, 1690, livre II, chap. 27.
- Thomas Nagel, « What Is It Like to Be a Bat? », The Philosophical Review, 1974.
- David Chalmers, « Facing Up to the Problem of Consciousness », Journal of Consciousness Studies, 1995.
- Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation, 1762, livre IV.