Média indépendant de philosophie · sans lien avec le Café des Phares (Paris, Bastille)

Qu’est-ce que la conscience ?

Accueil › Grandes questions › Conscience
Grande question n° 1 · Conscience

Qu’est-ce que la conscience ?

Nous sommes conscients à chaque instant, et pourtant nous ne savons pas dire ce qu’est la conscience. C’est peut-être la question la plus intime, et la plus difficile, de la philosophie.

Gros plan sur un iris
La question en bref

La conscience est le fait de vivre ses états de l’intérieur : voir du rouge, avoir mal, penser à quelqu’un. Depuis Descartes, elle sert de point de départ à la connaissance ; depuis Locke, elle fonde l’identité personnelle. Mais comment un cerveau produit-il du vécu ? La question reste ouverte.

Les sens du mot « conscience »

  • Conscience psychologique : savoir ce que l’on fait, ce que l’on pense, ce que l’on ressent.
  • Conscience phénoménale : le vécu lui-même, ce que ça « fait » d’éprouver quelque chose.
  • Conscience morale : la capacité de juger du bien et du mal de ses propres actes.

Descartes : « je pense, donc je suis »

Dans le Discours de la méthode (1637) puis les Méditations (1641), Descartes doute de tout ce qui peut être mis en doute. Une certitude résiste : pendant que je doute, je pense, et si je pense, j’existe. La conscience devient le premier point d’appui de la connaissance. Descartes en tire un dualisme : l’esprit (chose qui pense) et le corps (chose étendue) seraient deux substances distinctes.

ThèseLa conscience est une réalité à part, irréductible au corps.
AntithèseLa conscience est une activité du cerveau, comme la digestion est une activité de l’estomac.
Ce qui reste ouvertComment de la matière peut-elle produire du vécu ?

Locke : conscience et identité personnelle

Dans l’Essai sur l’entendement humain (1690), John Locke pose une question nouvelle : qu’est-ce qui fait que je suis la même personne qu’il y a vingt ans ? Pas mon corps, qui a changé, ni une âme invisible, mais la conscience qui relie mes souvenirs et mes actions. Je suis la personne dont je peux m’approprier les actes par la mémoire.

Nagel : « l’effet que ça fait »

En 1974, Thomas Nagel publie un article célèbre, « Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris ? ». Une chauve-souris perçoit le monde par écholocation ; nous pouvons décrire ce mécanisme en détail, mais nous ne saurons jamais ce que ça fait, de l’intérieur, d’être elle. Pour Nagel, c’est la marque de la conscience : il y a un « effet que ça fait » d’être ce sujet-là, et cet effet échappe à la description objective.

Représentation abstraite d’un neurone

Le « problème difficile »

En 1995, le philosophe David Chalmers distingue les « problèmes faciles » de la conscience (expliquer comment le cerveau traite l’information, dirige l’attention, rapporte ses états) et le « problème difficile » : pourquoi tout ce traitement s’accompagne-t-il d’un vécu ? Les neurosciences progressent sur les premiers ; le second divise toujours chercheurs et philosophes.

« Nous savons de mieux en mieux ce que fait le cerveau ; nous ne savons toujours pas ce que ça fait d’être lui. »Formule de la rédaction

La conscience morale

Rousseau, dans l’Émile (1762), fait de la conscience un « instinct divin », un juge intérieur du bien et du mal. Pour d’autres, elle est le produit de l’éducation et de la société. Le débat rejoint celui sur la liberté : pour être responsable, il faut savoir ce que l’on fait.

AuteurŒuvreIdée clé
DescartesMéditations (1641)La conscience, première certitude
LockeEssai sur l’entendement humain (1690)La conscience fonde l’identité personnelle
Nagel« What Is It Like to Be a Bat? » (1974)Le point de vue subjectif échappe à la description
Chalmers« Facing Up to the Problem of Consciousness » (1995)Le « problème difficile »

Ce qui reste ouvert

La conscience est-elle une propriété du cerveau, ou faut-il réviser notre idée de la matière ? Une machine pourra-t-elle un jour être consciente, et comment le saurions-nous ? Ces questions sont aujourd’hui au cœur de la philosophie de l’esprit.

Et si la conscience ne mourait pas ?
Pour aller plus loin

La conscience survit-elle à la mort ?

La philosophie pose la question ; une contre-enquête fait le point sur ce que la science en sait vraiment.

Parution prochaine
Pour votre café-philo
  1. Peut-on être sûr que les autres sont conscients ?
  2. Une machine pourrait-elle penser ?
  3. Suis-je la même personne qu’il y a dix ans ?

Sources

  • René Descartes, Méditations métaphysiques, 1641.
  • John Locke, Essai sur l’entendement humain, 1690, livre II, chap. 27.
  • Thomas Nagel, « What Is It Like to Be a Bat? », The Philosophical Review, 1974.
  • David Chalmers, « Facing Up to the Problem of Consciousness », Journal of Consciousness Studies, 1995.
  • Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation, 1762, livre IV.