
Kant montre que nous ne connaissons pas les choses telles qu’elles sont en elles-mêmes, mais telles qu’elles nous apparaissent à travers les formes de notre esprit. En morale, il fonde le devoir sur la raison seule : agir selon une règle que l’on pourrait vouloir pour tous, et traiter toujours l’humanité comme une fin, jamais seulement comme un moyen.
Une vie réglée, une pensée révolutionnaire
Né en 1724 à Königsberg, en Prusse orientale, Kant y enseigne toute sa vie, la philosophie mais aussi les mathématiques, la géographie ou l’anthropologie. Sa régularité est devenue légendaire. Pendant près de dix ans, il ne publie presque rien : il prépare la Critique de la raison pure, parue en 1781. Il meurt en 1804.
Que puis-je savoir ? La « révolution copernicienne »
Avant Kant, on supposait que la connaissance se règle sur les objets. Kant propose l’inverse : ce sont les objets qui se règlent sur notre façon de connaître, comme Copernic avait inversé le rapport entre la Terre et le Soleil. Nous percevons tout dans l’espace et le temps, et nous pensons avec des catégories (causalité, unité…). D’où la distinction entre phénomènes (ce qui nous apparaît) et chose en soi (inconnaissable). Voir aussi Qu’est-ce que le réel ?
Que dois-je faire ? L’impératif catégorique
Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), Kant distingue les impératifs hypothétiques (« si tu veux X, fais Y ») et l’impératif catégorique, qui commande sans condition. Il en donne plusieurs formules, dont deux célèbres :
- Universalité : agis seulement d’après une règle dont tu peux vouloir qu’elle devienne une loi universelle.
- Humanité : traite l’humanité, en toi et en autrui, toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen.

Les Lumières : « sapere aude »
En 1784, Kant définit les Lumières comme la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. Sa devise : « ose savoir », aie le courage de te servir de ton propre entendement. Nous y consacrons une synthèse : Penser par soi-même.
Œuvres majeures
| Année | Œuvre | Question |
|---|---|---|
| 1781 | Critique de la raison pure | Que puis-je savoir ? |
| 1784 | Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ? | Penser par soi-même |
| 1785 | Fondements de la métaphysique des mœurs | Que dois-je faire ? |
| 1788 | Critique de la raison pratique | Liberté et loi morale |
| 1790 | Critique de la faculté de juger | Le beau, le vivant |
| 1795 | Vers la paix perpétuelle | Politique et droit international |
Malentendus fréquents
- « Kant dit que le monde n’existe pas. » Non : il dit que nous ne le connaissons qu’à travers nos formes de connaissance.
- « La morale de Kant interdit tout plaisir. » Non : elle demande seulement que le plaisir ne soit pas le motif du devoir.
- « Ne jamais mentir, c’est absurde. » Kant a défendu cette position extrême dans un texte de 1797 ; elle est discutée, y compris par des kantiens.
- Peut-on agir moralement par intérêt ?
- A-t-on le droit de mentir pour sauver quelqu’un ?
- Connaîtrons-nous un jour le monde tel qu’il est ?
Sources
- Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, 1781 (2e éd. 1787).
- Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785.
- Emmanuel Kant, Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ?, 1784.
- Emmanuel Kant, Sur un prétendu droit de mentir par humanité, 1797.