La plus grande consolation, c'est la vérité...
Écrit par Gérard Tissier   
05-04-2008

 Je souscris pleinement à l’angle de vue de l’article déposé par Daniel en hommage à Marc Sautet et je voudrais ici m’en faire modestement l’écho.

En effet, les enjeux de la période ne sont plus ceux de 1992, ceux que Marc voulait interpeller dans sa tentative de reposer la question de « la justice dans la cité » Et dans la pratique du café-philo, les pièges, non plus, ne sont les mêmes.

Pour avoir été le témoin, plus ou moins rapproché, de la trajectoire de Marc dans l’univers dont nous parlons, j’en garde l’idée - réductrice certes - d’un homme à la figure double. Celle de l’ambivalence et celle du destin.

La figure de l’ambivalence, dont il affirmait dans un débat portant sur cette notion, qu’elle fait souffrir et dont il a été  lui-même le siège dans sa dimension de créateur d’une nouvelle socialité porteuse de sens.Ambivalence aussi dans la non directivité qu’il s’est imposé quant à ce que les autres acterus pouvaient reprendre  à leur compte de la brèche ouverte.

La figure du destin qui lui a définitivement coupé les ailes après qu’elles furent largement écornées par la versatilité médiatique, les jalousies et les critiques souterraines  de ceux qui pérorent au lieu de conclure et d’agir, et enfin des "chiens de garde " bardés des boucliers de l'orthodoxie.

En 1994, j’ai partagé avec certains de ses fidèles d’alors, un voyage formidable à Athènes où il nous a montré l’endroit où Socrate posait les questions que l’on sait. Je me souviens aussi de discussions sans fins où nous reprenions les attendus du procès de Socrate à la manière d’un jeu.J'en garde  la saveur  jubilatoire et grave  d’une réminiscence en nous de ce pourquoi nous étions là, dans cet endroit 2500 ans après; quelque chose entre le bien et le juste, dans l’inutilité même du propos.

Comme Daniel, je me souviens du personnage, de l’homme avec son regard clair et sa puissance de séduction, fragile et brillant certes, mais surtout  pour moi dans une douceur de ton  et une apparente attention à l’autre que je lui enviais beaucoup. Son charisme lui permettait de cristalliser dans son sillage des énergies aux multiples vocations. La suite ne fut pas exempte de dévoiements et de trahisons mais elle laisse l’image d’un homme inscrit dans l’histoire comme un repère, un jalon dans un cheminement qui cherche encore sa voie parmi des discours largement discordants.

C’est qu’une mort prématurée empêche précisément le sens d’un projet et d'une vocation  de se clôturer à l'aune  de l’intention première. Ainsi, celui qui se réclame du projet peut s'en auto-proclamer  fidèle même en professant exactement le contraire de son voisin.

Je voudrais citer ici un extrait d’une « Apologie de Sautet » (par Jean-François Chazerans) rédigée dans l’émotion qu’avait suscité sa mort dans le petit monde des café philo ; « Nous pouvons dire que Marc Sautet a énormément compté pour nous puisque, non seulement c’est lui qui nous a donné l’idée - et l’envie ! de créer un café-philo sur Poitiers, mais il nous a soutenu par ses conseils attentionnés dans cette création et dans le développement de cette entreprise. C’est donc une bonne chose qu’il soit considéré comme l’initiateur et le promoteur des cafés-philo qu’il les ait inspirés ou parrainés, d’autant plus que ce ne semble pas être un compliment sous la plume de nos journalistes puisqu’ils vont jusqu’à penser qu’il a tiré parti du mouvement populaire de désarroi existentiel et de l’engouement qui en procède pour le " prêt-à-penser " et la sagesse sous toutes ses formes qui est un entichement français pour la philosophie de comptoir, qu’il fût un pilier de la philosophie de comptoir. » 

Et enfin, j’introduis ici, le témoignage qui nous vient d’un de ses premiers et proches collaborateurs qui écrivit, au même moment, « … Il semble que sa dernière intervention radiophonique lui a permis d’affirmer que les débats de Philosophie dans les cafés devaient être animés par une réelle orientation de pensée commune sur notre temps et sur ce que nous sommes... »

Si j’avais un vœu à formuler sur ce qu’on peut dire de lui et de sa pratique, ce serait d’accepter tout simplement que rien ne soit moins hypothétique que de vouloir élucider ce qui nous reste de la disparition prématurée d’un fondateur. Imaginer l’avenir qui nous était promis  par sa présence et en tirer des leçons pour le présent poserait la  question de la limite d'un discours auto-construit.. Comme nous l’a suggéré Christian Bobin, la seule grande consolation que nous puissions avoir de l'absence de Marc avec nous,c’est sa vérité.  Soyons suffisamment humble à son endroit pour la servir.

 

Autres articles sur Marc Sautet : par Daniel ; par Gunter ; par Carlos

 

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté


personnes ont visité ce site.